Let's pray for the rain ma'am
- Szydywar-Callies Mathilde
- 5 oct. 2024
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 déc. 2024
- MoMA, New-York City

- Rudbeckia pourpre et chantier en cours sur la High Line -
Après avoir traversé à pied une grande partie de la ville, j’entre dans le musée. Je passe le portique de sécurité et tends le badge. Validé, je peux accéder aux espaces d’exposition. Je m’étais renseignée à l’avance pour savoir, si par chance, certains tableaux qui me sont chers étaient exposés dans les musées de la ville. J’en avais retenu un, unique et précis, que je souhaitais voir – en vrai –. D’après le plan, il fallait accéder aux étages supérieurs. Je traverse le rez-de-chaussée peuplé d’Étrusques en terre cuite et d’une foule de visiteurs agglomérés autour d’eux. Je cherche la bonne salle et trouve enfin l’espace consacré aux expressionnistes abstraits. Je distingue tout au fond ledit tableau et juste avant de me diriger vers lui, je suis freinée par une sangle rouge de sécurité. La salle est en réalité fermée au public. Je suis immobilisée à quelques mètres de distance de ce monochrome de Mark Rothko dont je rêvais de voir la véritable teinte et non pas celle des reproductions dans les livres qui ne sont jamais tout à fait de la bonne nuance. Je me rapproche du vigile à la cravate rouge pour en savoir un peu plus. Cette salle est fermée, car il y a un manque de personnel pour surveiller tous les espaces du musée. J’en veux aux Étrusques et à leurs banquets millénaires de faire autant l’unanimité chez les visiteurs. Le vigile comprend ma déception et conclut notre échange en disant d’une voix grave « let’s pray for the rain ma’am ». Est-ce sa manière à lui de m’encourager à garder espoir, une formule d’acceptation du destin ? J’apprends qu’il s’agit en réalité d’une réponse bien concrète à mon problème. Il y a au sommet de ce célèbre musée, un immense toit-terrasse. Cette vue donnant sur la vallée sans fond de Central Park est chaque jour remplie de visiteurs. J’imagine les premières gouttes qui se mettraient à perler sur les épaules nues et dorées. Puis l’ondée soudaine qui les ferait brusquement se rassembler, cela prendrait plusieurs minutes tant ils sont nombreux et contrariés de devoir attendre que les escaliers se désengorgent pour redescendre. Ils se répartiraient trempés et de manière désordonnée dans les salles du musée, qui redeviendraient à cette occasion, toutes accessibles. Quelques touristes démunis se poseraient peut être devant le monochrome n°13 et pour un temps – délaissant la liste de choses à faire, ils se laisseraient toucher par l’ardeur de ces pigments orange vif, si proche de ceux qui se propagent à l’aube et au crépuscule sur tous les bâtiments réflecteurs de la ville.
extrait du texte l'impulsion sous nos pas
2022


